La vie réelle des agents 3 : courrier à la Présidente de Région
Urgence sociale, crise des mobilités et déconnexion de l’administration : le quotidien de la vie réelle des agents
Chère, cher collègue,
La FSU Territoriale maintient la pression sur l’employeur régional et son administration, pour que des mesures concrètes permettent de compenser - partiellement - l’impact des crises énergétiques et des mobilités sur la santé et la sécurité des agents.
Lisez ci-dessous notre courrier adressé à la Présidente de Région le 27 mai dernier, sans réponse de sa part.

Madame la Présidente,
On peut poétiser le voyage, imaginer des mobilités durables, fluides, et des territoires connectés. Mais la réalité des agents régionaux se mesure plutôt en heures d’attente sur un quai de gare bondé, en annonces maintes fois répétées d’un « dysfonctionnement de passages en niveau », en détours routiers imposés par les intempéries, et en calculs d’apothicaire devant la pompe à essence. Entre le domicile et le bureau, le parcours des agents régionaux ressemble de plus en plus à une course d’obstacles. Cette « vraie vie », faite d’aléas climatiques et de transports défaillants, n’obéit pas aux circulaires internes qui incitent poliment à « continuer à prendre le train » comme si de rien n’était. La vraie vie, c’est une gestion de crise permanente. On peut s’efforcer d’anticiper, s’imposer de partir plus tôt, espérer que la chance tourne ; la réalité du terrain finit toujours par rattraper nos collègues au détour d’une voie ferrée bloquée ou d’une route inondée, et des prix qui ne cessent de grimper à la pompe à essence. C’est cela, la « vraie vie ».
À la FSU Occitanie, cela fait de nombreux mois que nous vous alertons, de manière constructive et documentée, sur l’épuisement des agents face à des conditions de mobilité de plus en plus dégradées :
• Le 15 décembre dernier, nous vous faisions état de la détresse des collègues face aux pannes, retards et suppressions de trains. Pas de réponse.
• Le 5 janvier, nous réitérions nos alertes face aux perturbations majeures causées par l’épisode de froid intense. Pas de réponse.
• Le 12 janvier, nous proposons de reprendre l’élaboration du Plan de Mobilité Employeur (PDME), dispositif à même d’intégrer l’ensemble des actions en faveur des mobilités douces, partagées, et économes.
• Les 10 et 18 février, nous plaidions pour des solutions de bon sens (souplesse managériale, possibilité de travailler dans les Maisons de Région ou les lycées, aménagement des fiches prévention « Crues » et « Vents violents »). Toujours pas de réponse.
• Enfin, nous avons articulé nos propositions sur les déplacements domicile-travail à une réflexion de fond sur le sens du travail et la manière de travailler.
La seule fin de non-recevoir qui nous a été opposée par l’administration consistait à nous inciter à « continuer à prendre le train » en espérant des jours meilleurs. Comme si elle n’avait aucune solution… En revanche, en ce mois de mai, elle vient de demander à ses agents d’aller au-devant des citoyens pour accompagner les élus dans la présentation des politiques publiques … Paradoxe proche d’un schizophrène « en même temps ».
Pourtant, l’actualité sociale et réglementaire de ce printemps 2026 vient valider point par point l’urgence des dispositifs que la FSU préconise depuis l’hiver dernier. La circulaire ministérielle du 5 mai 2026 relative à « l’adaptation des modalités de travail face à la hausse du coût des carburants » demande explicitement aux employeurs publics d’élargir le recours au télétravail pour préserver le pouvoir d’achat.
Pendant que la Région Occitanie s’enferme dans un conservatisme managérial frileux, d’autres employeurs publics majeurs prouvent que le pragmatisme est possible. Le CNFPT (établissement public au maillage territorial aussi vaste que le nôtre) a officiellement acté lors des négociations du 13 mai 2026 l’octroi d’un jour de télétravail exceptionnel supplémentaire lié à l’inflation du carburant, permettant de monter jusqu’à 3 jours par semaine. C’est cette même exigence vitale qui est aujourd’hui portée avec force dans l’ensemble de la recherche publique (notamment au CNRS, à l’Inserm et à l’Inria), où les organisations syndicales exigent des directions le déblocage immédiat d’une troisième journée.
La demande de la FSU Occitanie n’est pas une coquetterie locale, elle s’inscrit dans une lame de fond nationale que partagent les collègues de la recherche, de l’État et des autres collectivités. Partout, le monde syndical s’accorde à dire que le logiciel managérial doit changer, et la Région doit anticiper cette vague plutôt que de la subir.
La Région prône, par ses politiques publiques et ses tribunes, la proximité, l’implantation dans les territoires et la revitalisation des espaces ruraux, et se targue d’être le bouclier du « pouvoir d’achat par habitant ». Mais en interne, en ignorant les aléas de la route et du rail, et le poids de la crise pétrolière actuelle, elle efface véritablement les agents du paysage, comme s’ils ne faisaient pas partie des citoyens destinataires – bénéficiaires - de ces orientations politiques. Notre collectivité s’engage de manière très médiatisée dans une démarche de résilience écologique, mais sa rigidité managériale risque de dégoûter définitivement les personnels d’utiliser les transports en commun et les mobilités douces. Enfin, l’administration généralise les concertations citoyennes à l’extérieur, mais refuse de prendre en compte la parole et l’expertise d’usage de ses propres agents.
L’employeur régional doit agir. Nos propositions ne réclament pas le grand soir réglementaire, mais de la souplesse et de la protection :
1. L’instauration d’un cadre clair de télétravail flottant et dérogatoire pour répondre aux urgences climatiques, aux crises de transports ou à l’inflation des carburants.
2. Le droit temporaire au travail de proximité (Maisons de Région, lycées du secteur) en cas d’impossibilité d’acheminement.
3. La révision des fiches de prévention pour octroyer des Autorisations Spéciales d’Absence (ASA) protectrices pour les agents dont les missions ne sont pas télétravaillables (notamment dans les lycées).
Madame la Présidente, face à la convergence des alertes sociales, nous vous demandons solennellement d’ouvrir enfin un véritable espace de dialogue et de nous accorder l’entrevue que nous sollicitons depuis des mois.
Dans l’attente d’un retour que nous espérons, cette fois-ci, à la hauteur des enjeux de la vie réelle des agents, veuillez agréer, Madame la Présidente, nos sincères salutations.
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