Télétravail : Déconnecter la manière de travailler du sens du travail est une impasse !
Réparer le travail : Pourquoi repenser la manière de travailler (organisation, décision, évaluation...) et préserver les espaces personnels vont de pair.

Nous n’allons pas lister de nouveau les raisons pour lesquelles les représentants du personnel demandent à l’administration des mesures spécifiques, qui répondent aux crises actuelles que subit la population, et parmi elle, les agents régionaux.
Des mesures qui répondent aussi à la crise des vocations, car la fonction publique n’échappe pas aux difficultés de recrutement.
Oui, le travail est moins attractif.
C’est peut-être en réaction à la noirceur du monde. On a besoin de revenir à l’essentiel, et dans la hiérarchie de « ce qui compte », le travail descend dans le classement.
Il faut tout d’abord s’adresser aux collègues dont les activités ne sont pas télétravaillables, Ce qui peut leur paraître un privilège, n’en est pas un. Derrière la demande que les déplacements domicile-travail soient apaisés et financièrement soutenables, on parle de la satisfaction à se lever le matin pour passer 8h à l’extérieur de chez nous dans un emploi du temps contraint. Si on travaille pour gagner sa vie, on a besoin que ce soit relativement gratifiant. La collectivité peut mettre en place des mesures adaptées à chaque situation, à chaque type de fonction.
Habiter près de son travail, n’est pas le lot de tout le monde. Habiter loin de son travail, résulte parfois d’un compromis mesuré entre le désir légitime d’une qualité de vie et des contraintes de déplacement (temps, embouteillages, prix du carburant). Mais plus souvent qu’on voudrait, c’est prioritairement le prix du mètre carré qui décide.
Ici on ne juge pas. Chacun fait les choix qu’il peut faire.
Dans ce contexte le télétravail n’est pas une faveur.
C’est une modalité encadrée par la loi. Elle n’est pas obligatoire pour celle ou celui qui n’en veut pas. Désormais inscrit comme modalité courante dans les organisations professionnelles, on parle de modèle hybride stabilisé. Alors, le télétravail « recule-t-il partout », comme on l’entend souvent ? Si l’on creuse, on trouve des entreprises privées - les plus emblématiques sont américaines. D’abord, difficile de comparer avec la fonction publique territoriale. Le privé répond à d’autres logiques, au mieux de réductions de coûts au pire d’optimisation acharnée. Ensuite, la littérature économique nous éclaire : Parfois, la restriction du télétravail vise à décourager des salariés, et les inciter à partir. Certaines analyses parlent de licenciement passif. D’autres montrent que 64% des salariés, apprécient le modèle hybride. Et que s’il est supprimé, les deux tiers chercheront un autre emploi. On apprend aussi qu’un des moteurs principaux du télétravail c’est la lutte contre la longueur et la pénibilité des trajets.
Aujourd’hui on télétravaille plus dans le privé que dans le public.
Les données officielles montrent que seuls 54% des agents éligibles télétravaillent dans le public, contre 67% dans le privé. Le télétravail, qui est déjà plus encadré et moins développé dans la fonction publique, ne peut donc pas être présenté comme excessif.
Prenons de la hauteur : qu’est-ce qui rend le travail attractif ?
Eh bien, c’est d’avoir un travail intéressant, avec des collègues que l’on apprécie et qui nous apprécient, où l’on n’est pas tout le temps en conflit de valeur, et compatible avec la vie et les activités personnelles. Un travail soutenable. La recette requiert plusieurs ingrédients. Le télétravail ou le travail en proximité sont des ingrédients mobilisables, plus souvent à certains moments, et moins souvent à d’autres, et qui pourraient s’inscrire de manière très cohérente dans le Plan Mobilité Employeur que nous appelons de nos voeux. Mais ce ne sont pas les seuls, et c’est là que notre collectivité a beaucoup de chemins à parcourir.
De quoi souffre-t-on dans la collectivité ?
Dans les lycées, on n’entretient pas correctement des salles de classes, des internats, en sous-effectif chronique, dans la souffrance des corps, dans la sous-considération. Notre collectivité peine à trouver des remplaçants, voire des fonctionnaires. Qu’elle rende les emplois attractifs : qu’elle augmente le reste à vivre, avec des aides financières le temps de la crise énergétique, qu’elle aide à repenser comment on travaille, et qui décide quoi et au nom de quel principe de service public. Qu’elle reconnaisse la valeur de ses agents et de leurs métiers.
Dans les autres services, un projet chasse l’autre, une réorganisation chasse l’autre. L’évaluation des politiques publiques est surtout quantitative, on n’en tire pas les fruits. Le mouvement perpétuel empêche de penser. Il faut de l’apaisement, du calme, moins de stress. La collectivité doit faire amende honorable, reconnaitre que certains de ses choix sont en partie la cause du mal-être des agents. Alors nul besoin d’en rajouter avec des tensions le matin et le soir, lors des déplacements domicile-travail. Une fois cela acté, comme première réponse aux crises ferroviaires, énergétiques, l’assouplissement conjoncturel du télétravail et du lieu de travail est déjà un premier levier qu’elle peut sans peine proposer. Il y a de quoi faire : la Région est propriétaire de près de 200 lieux de travail en Occitanie, et c’est le moment de donner un nouvel élan au Plan Mobilité Employeur (PME ou PDME).
En conclusion, plutôt qu’opposer des fins de non-recevoir en forme d’impasse, l’administration Régionale devrait poursuivre et amplifier son travail de réflexion autour du mieux travailler ensemble. En incluant l’ensemble des agent.es quel que soit leur grade et leur fonction.
